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Titre : CULTURE D’ENTREPRISE ET MARGINALISATION SYNDICALE : CAS DU COMITÉ D’ACTION SOCIALE ET D’INNOVATION (CASI) DE LA SOCIETE D’ENERGIE ET D’EAU DU GABON (SEEG)

Auteur.e.s : Judicaël DIAMBOUNAMBATSI, Eric ONDO-MENIE.

Résumé :
Cette étude examine la mutation des relations professionnelles au sein de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) après sa privatisation. Nous démontrons que l’instauration d’une culture d’entreprise, via le projet ESPRIT et le Comité d’Action Sociale et d’Innovation (CASI), constitue une stratégie délibérée de contournement des pratiques syndicales. S’appuyant sur une méthodologie mixte incluant l’observation nonparticipante et l’analyse de rapports internes, l’enquête de terrain a mobilisé un échantillon de 35 agents, réduit par rapport aux 59 initiaux en raison de craintes de représailles liées au dispositif de contrôle. Cette population est structurée autour d’un pôle d’exécution (42,9 %), d’un pôle stratégique (28,5 %) et d’un pôle de résistance syndicale (5,7 %). L’analyse des données de terrain révèle que 60 % de l’échantillon valide une marginalisation effective du fait syndical, orchestrée par le projet ESPRIT et le CASI. Les résultats mettent en exergue un déplacement du conflit social : les revendications distributives classiques (salaires, statuts) sont désormais supplantées par une logique affective et un « bien-être administré » qui neutralisent la conscience de classe. Enfin, le CASI, géré par la direction, vide le mandat syndical de sa substance en monopolisant la gestion de la solidarité interne, achevant ainsi la marginalisation des corps intermédiaires.